Sexualité et vieillissement : ouvrir le dialogue avec bientraitance

La sexualité des aînés demeure un sujet entouré de silences. Non pas parce qu’elle n’existe pas, mais parce qu’elle nous confronte. Elle bouscule des croyances, des valeurs, parfois même des peurs. Et pourtant, elle fait partie intégrante de la vie humaine, peu importe l’âge.

Vieillir ne signifie pas cesser d’avoir besoin d’intimité ou de tendresse. Ce qui change, trop souvent, c’est le regard posé par l’entourage, les proches, les milieux de vie et la société. Un regard qui peut devenir inconfortable ou infantilisant. Un regard qui, sans le vouloir, peut faire taire.

Il est parfois difficile de trouver l’équilibre entre protéger et respecter. Les bonnes intentions sont bien présentes: éviter les abus, prévenir les situations à risque, rassurer les familles. La bientraitance nous invite à aller plus loin. Elle nous amène à nous demander: est-ce que nos actions tiennent réellement compte de ce que la personne souhaite, comprend et consent? Être bientraitant, ce n’est pas décider à la place de l’autre ce qui est approprié ou acceptable. Ce n’est pas non plus fermer les yeux devant des situations préoccupantes. C’est accepter de prendre le temps de réfléchir, d’écouter et de s’ajuster. C’est reconnaître que chaque situation est unique et qu’elle mérite d’être abordée avec nuance, respect et humanité.

Parler de sexualité chez les aînés, c’est aussi reconnaître la complexité des réalités vécues: les milieux de vie Sexualité et vieillissement: ouvrir le dialogue avec bientraitance collectifs, la présence de troubles cognitifs, les dynamiques familiales, les règles organisationnelles. Ces réalités peuvent créer des zones de tension où le malaise s’installe facilement. La bientraitance ne réside pas dans des réponses toutes faites, mais dans la capacité de se poser les bonnes questions.

Ce numéro de « L’Écho Bientraitant » propose d’ouvrir un espace de réflexion sur ces enjeux sensibles. Non pas pour choquer ou provoquer, mais pour mieux comprendre. Pour rappeler que derrière chaque situation se trouve une personne, avec son histoire, ses repères, ses besoins et ses limites.

Aborder la sexualité des aînés sous l’angle de la bientraitance, c’est faire le choix de la dignité. C’est accepter d’être parfois inconfortable. C’est, surtout, reconnaître que respecter l’autre, c’est aussi lui laisser une voix dans ce qui le concerne intimement.

Courrier du cœur

Cher Courrier du cœur,

En ce moment, je vis beaucoup de gêne, de malaise et de pudeur à m’exprimer à travers cette lettre, mais j’ai besoin de réponse et de soutien.

Je suis un homme de 83 ans avec des limitations physiques qu’y m’ont amené à emménager dans un centre pour personnes aînées. J’y reçois de bons soins, le personnel est avenant avec moi et ma famille vient me voir quand c’est possible pour eux. Je me suis fait des amis au centre et, plus récemment, je me suis rapproché d'une résidente.

C’est difficile de traduire le mal-être qui m’habite en mots, car jamais personne n’ose en parler. Mon corps et mon cœur éprouvent des pulsions malgré sa condition et la médication que je prends. Mon âge avancé n’a pas éteint en moi le désir sexuel. Il n’est peut-être pas aussi fougueux que dans ma jeunesse, mais il est présent.

J’ai l’impression que j’ai encore le droit à de l’intimité et à avoir une vie sexuelle épanouie et adaptée à ma situation actuelle. Suis-je dans le vrai Courrier du cœur?

Cher lecteur,

Tout d'abord, permettez-moi de saluer le courage dont vous avez fait preuve en partageant vos pensées avec nous. Il est indéniable que chaque être humain, indépendamment de son âge ou de sa condition physique, a le droit à la dignité et au respect, y compris dans le domaine de l'intimité et de la vie sexuelle. Il est tout à fait normal que vos besoins et désirs perdurent malgré les défis physiques liés à l'âge.

Dans un contexte de vie en communauté au sein d'un centre pour personnes âgées, il peut parfois être difficile de discuter ouvertement de sujets aussi personnels. Cependant, cela ne signifie pas que vos sentiments ou vos besoins soient moins légitimes. Il est essentiel de reconnaître que la sexualité fait partie intégrante de la vie humaine, et chaque individu a le droit de vivre une vie sexuelle épanouissante dans le respect de soi-même et des autres.

Je vous suggère d'avoir une discussion avec le personnel du centre pour partager vos préoccupations. Ils sont là pour prendre soin, y compris sur le plan émotionnel. Ils vous orienteront vers des professionnels qui pourront vous aider.

Vous méritez d'être entendu et compris, et votre bien-être émotionnel est tout aussi important que votre bien-être physique. Continuez à exprimer vos sentiments et à chercher le soutien nécessaire pour vous aider à vivre pleinement et en harmonie avec vous-même.

Avec tout mon soutien,

Courrier du cœur

La sexualité ne disparaît pas avec l’âge, elle se transforme peu à peu… mais ne s’éteint pas!

Coin culturel

Si vous voulez aller plus loin, nous vous invitons à lire...

« Vous croyez tout savoir sur le sexe ? [...] Fine observatrice et grande communicatrice, Janette Bertrand sait aborder les questions que vous posez secrètement. Sociologue de la sexualité, Michel Dorais travaille à mieux comprendre la sexualité et les préjugés qui l'entourent. Elle a l'expérience, il a la science. Cet ouvrage est le fruit de leurs échanges animés et passionnants sur la sexualité à toutes les étapes de la vie, de la jeunesse à la vieillesse. »

TRAND, Janette, et Michel DORAIS. Vous croyez tout savoir sur le sexe? Montréal, Libre Expression, 2018, 416 p.

Horace & Boniface

Bédéiste : Mélanie Drouin

* Toute personne a droit d’exprimer son orientation sexuelle sans discrimination ni contrainte. La discrimination en vertu de l’orientation sexuelle pourrait correspondre à la violation des droits ou à la maltraitance physique.

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